Connaissez-vous l’ostéopathie pour chien ?

Il y a fort à parier que vous avez déjà fait subir quelques séances de kiné respiratoire à votre petit dernier ou que vous êtes allé voir un ostéopathe pour régler cette tendinite qui vous faisait si mal. Mais avez-vous déjà pensé que ces disciplines peuvent aussi aider votre chien ? Faisons le point avec le Dr Agnès Laget, vétérinaire exerçant en physiothérapie, ostéopathie, acupuncture et phytothérapie.

Que peut-on soigner avec ces disciplines vétérinaires ?

Si l’on associe l’ostéopathie et la kinésithérapie, chez le jeune chien, c’est le suivi de croissance. Chez l’adulte, c’est soit le suivi de sport, soit le suivi classique d’équilibre ostéopathique. On s’occupe aussi des suites de chirurgies ou de pathologies, dès qu’il y a eu un stress, physique ou psychologique ayant engendré un déséquilibre chez l’animal. On assure également le suivi du vieux chien, son accompagnement dans la vieillesse et la gestion des troubles cognitifs ou moteurs qui peuvent alors advenir et dont on peut retarder l’évolution.

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Quant à la kinésithérapie utilisée seule, les indications sont les mêmes que pour l’être humain : neurologiques, post-chirurgicales, orthopédiques, traitement de paralysies ou de handicaps, kiné respiratoire. On peut aussi gérer les grosses plaies: en complément du traitement médical, la kinésithérapie va aider à la cicatrisation en soulageant les tensions musculaires.

Ces disciplines ont donc un rôle à la fois préventif et curatif ?

Oui, c’est pour cela que ce sont des médecines complémentaires des traitements habituels. Par exemple, je viens de voir un Berger Allemand qui souffre d’une rupture des ligaments croisés. Je l’ai vu en préventif, avant l’intervention, pour soulager les tensions au niveau du dos. Il sera opéré la semaine prochaine. Ensuite, avec son propriétaire, nous avons déjà prévu une séance de rééquilibrage après le retrait des points de suture. Cet exemple montre bien que ces disciplines sont complémentaires et accompagnent les traitements et les gestes de chirurgie dits traditionnels ou de première intention.

Peut-on les appeler médecines douces ?

Non, ce terme ne correspond pas du tout à la réalité. Comme chez l’Homme, ces disciplines vétérinaires ne sont certes pas invasives? mais elles n’en demeurent pas moins puissantes et peuvent même tuer un animal si elles ne sont pas pratiquées par un professionnel. Imaginez les conséquences d’une mauvaise manipulation des cervicales ou de l’utilisation de certaines huiles essentielles à mauvais escient : donnez du thym à un chat et il fera des convulsions ! Je préfère donc parler de techniques et d’outils complémentaires pour améliorer la vie de nos animaux de compagnie.

Comment faites-vous pour évaluer le niveau de douleur d’un chien ?

Il y a toujours des signes, même très discrets. Comme dans les autres disciplines vétérinaires, on étudie plusieurs points :

  1. L’intéressement au milieu extérieur : plus le chien a mal, plus il va se recroqueviller sur lui-même et se désintéresser de son environnement, voire même devenir agressif.
  2. Ensuite on regarde les mouvements spontanés : le chien vient-il de lui-même dire bonjour ou faut-il le stimuler, voire refuse-t-il de bouger ?

D’ailleurs la prise en charge de la douleur a aussi évolué en médecine vétérinaire et cela permet de donner au propriétaire des pistes d’évaluation de la douleur et d’identification du mal-être de son chien, dont il reste le meilleur juge en partageant le même quotidien.

Comment se passe une séance ? Combien de temps dure-t-elle ?

Il y a toujours un examen clinique vétérinaire « classique » au préalable. Ensuite, au cours d’une même séance, il m’arrive souvent de combiner plusieurs disciplines complémentaires. Ainsi l’acupuncture permet déjà le relâchement de l’animal qui est donc ensuite plus réceptif aux techniques manuelles. Par exemple, si un chien boîte, il va avoir tendance à compenser en sollicitant davantage les autres membres. Je supprime alors la tension de compensation avec un massage profond en kinésithérapie et je rééquilibre l’animal avec de l’ostéopathie. En général les chiens plus patients que nous. Comme le propriétaire est toujours présent, le chien est aussi rassuré par sa présence. Une séance dure environ 45 minutes.

Depuis quand ces disciplines sont-elles pratiquées en France ? Y a-t-il une prise de conscience du potentiel et de l’intérêt de ces disciplines par les vétérinaires ?

Il est vrai que nos confrères anglo-saxons ce sont intéressés à ces disciplines bien avant nous. En France, ce sont des soins nouveaux. En médecine vétérinaire, il y déjà tellement de disciplines que l’ostéopathie ou la physiothérapie n’apparaissaient pas comme des soins de première intention. Mais depuis une vingtaine d’années, notre profession a beaucoup évolué, avec des spécialisations d’exercice faisant émerger de nouvelles disciplines, comme l’éthologie ou l’ostéopathie en effet. Chez les confrères, il n’y a pas de rejet mais plutôt de la méconnaissance dans la plupart des cas. Par ailleurs, dans la formation des futurs vétérinaires, on inclut aujourd’hui des modules d’initiation poussée à ces disciplines. L’évolution de nos métiers est aussi modelée par les demandes des clients qui s’intéressent de plus en plus à ces disciplines particulières.

Et vous-même, pourquoi avoir décidé de vous tourner vers elles ?

Moi, j’ai véritablement commencé en 2007. J’avais débuté en cabinet avec un vétérinaire spécialisé en chirurgie orthopédique. Je gérais donc régulièrement du post-chirurgical (douleurs, boîteries…). C’est vrai qu’en allopathie, on est vite limité en dehors des anti-inflammatoires ou des anti-douleurs. Comme j’ai des amis kinés pour humains, j’ai commencé à leur demander ce qu’ils faisaient pour l’adapter aux chiens et aux chats. J’ai eu le déclic avec un animal en particulier: un chien de travail handi’chien qui avait été opéré d’un ligament du genou. Personne n’avait remarqué qu’il se levait systématiquement dès qu’il entendait le bip du fauteuil électrique. La forte répétition de la séquence couché-debout a provoqué une inflammation du genou post-chirurgicale. Il lui fallait donc un repos absolu. J’ai pris le chien à la maison. J’ai contacté une amie kiné humaine et nous avons mis en place un premier soin, un peu au feeling. C’est à partir ce moment que j’ai voulu me former plus sérieusement. Aujourd’hui je suis vétérinaire itinérante, c’est-à-dire que j’ai des jours de consultations fixes chez plusieurs de mes confrères. Cela me permet d’échanger avec eux, de discuter de certains cas. Cela permet aussi aux clients de mes confrères de ne pas bouleverser leurs habitudes : c’est moi qui viens à eux.

On peut aujourd’hui trouver de nombreux produits à base de plantes en libre-service. Comment faire le tri ?

Les produits disponibles en libre-service sont des compléments alimentaires. Il s’agit davantage d’apports ponctuels de soutien mais sans notion de traitement. On est dans le bien-être. En phytothérapie, nous utilisons des préparations magistrales et des extraits de plantes standardisés pour soigner : on est dans le traitement. On est d’ailleurs soumis aux mêmes règles de prescription qu’un médicament classique et on engage notre responsabilité. En allopathie vétérinaire, on travaille par molécule : chaque molécule a une cible et un mécanisme d’action précis. En phytothérapie, on travaille avec un extrait de plante, donc un ensemble parfois important de molécules, induisant un effet majeur et des effets périphériques. Il faut donc être très pointu à la fois dans le diagnostic et dans la prescription. Pour une même action, on peut avoir deux ou trois plantes mais avec des effets périphériques différents. Le choix se fait avec précision en fonction de la pathologie de l’animal.

Alors comment faire pour trouver un vétérinaire ostéopathe ou physiothérapeute aujourd’hui ?

Dans l’Association Française des Vétérinaires Exerçant en Physiothérapie et Rééducation fonctionnelle (AVEPhyR), nous sommes 40 adhérents. Mais il y aussi des physiothérapeutes vétérinaires non adhérents à l’Association. On peut maintenant quasiment en trouver dans chaque grande région de France. Il faut savoir néanmoins que le code de déontologie des vétérinaires n’autorise pas les praticiens à afficher une discipline de spécialisation plus qu’une autre. Si vous cherchez un praticien physiothérapeute ou ostéopathe, n’hésitez pas à demander à votre vétérinaire traitant qui, lui, accède à l’annuaire des spécialités d’exercice de chacun de ses confrères et pourra ainsi vous guider.

Vous présidez l’AFVEPhyR. Quelles sont les missions de cette association professionnelle ?

Valoriser la profession auprès de nos instances et de nos confrères : nous avons travaillé en commun avec l’ordre des vétérinaires pour encadrer la pratique de la physiothérapie, la définir et la délimiter. Nous avons aussi expliqué à nos confrères quelles étaient les indications et les techniques de ces disciplines. Ce travail a abouti à l’édition d’un cadre technique. C’est un lieu d’échange. Comme les adhérents sont disséminés sur toute la France, l’association nous assure un espace collaboratif virtuel pour échanger sur les cas, les techniques, les nouveaux matériels ou pour comprendre les échecs. C’est enfin un annuaire des adhérents.

Quelle est votre dernière expérience marquante dans vos consultations ?

Assurément Eden, une petite chienne Shi-Tzu paralysée et qui ne remarchera pas. On l’a appareillée et je lui fais des soins régulièrement : elle n’a pas d’escarres, pas de perte musculaire. Pour elle je me déplace à domicile et ma plus belle récompense est d’entendre le bruit des roulettes dès que je me gare devant sa maison et de la voir arriver vers moi avec toute sa joie de vivre.

Un grand merci au Dr Agnès Laget pour son accueil.
En savoir plus : AFVEPhyR (Association Française des Vétérinaires Exerçant en Physiothérapie et Rééducation fonctionnelle).
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