Dernière caresse de Catherine Guillebaud

Les récits dont le personnage principal est un chien sont souvent des concentrés d’anthropomorphisme dégoulinant. Pourtant le roman Dernière caresse échappe à cet écueil, en particulier par la truculence de ses descriptions et par la grâce de son vocabulaire.

Le narrateur est un setter anglais mâle, de son vrai nom Mastic des Feux Mignons. Mais dès son arrivée dans sa famille d’accueil, il a été rebaptisé Joyce. Son meilleur ami est un des chats de la maison, appelé Opium.

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Sa famille est composée d’un couple et de leurs deux filles que Joyce a vu grandir: de peluche vivante pour les amuser, il est ensuite devenu leur confident. Mais celle que Joyce préfère par-dessus tout, c’est Elle, la femme de la maison. Bien sûr il aime aussi l’homme – lui – mais la minuscule en initiale prouve son moindre attachement.

A travers les yeux de Joyce, le lecteur découvre la vie d’une famille, au rythme des saisons, des amis de passage, des autres animaux. Mais c’est aussi avec ravissement que Joyce décortique toutes nos petites habitudes, en faisant passer tendresse et humour:

"La façon dont Elle m'appelle pour la soupe n'est pas celle qu'Elle choisit pour me faire rentrer le soir, avant la fermeture des volets. Pour le bain, il me faut prêter l'oreille car cela peut survenir à n'importe quel moment de la journée.(...) Elle sort, m'appelle gentiment - trop -, c'est dans le trop qu'est le danger. (...) Elle choisit une voix caressante qui m'amadoue, m’endort et m'enveloppe d'intonations câlines. (...) Rien n'est plus inhospitalier que l'intérieur d'une baignoire. C'est blanc, froid et glissant. J'ai un mal fou à y tenir debout.(...) Le shampoing terminé, le rinçage réveille en moi des instincts qui me vrillent l'échine. C'est le moment où (...) je rêve de l'endroit précis où je vais pouvoir me rouler, une fois libéré de ce cirque !"

Avec cette chronique animalière d’une famille, Catherine Guillebaud nous offre un nuancier de sentiments, jusqu’à la dernière page et la Dernière caresse. A noter enfin l’exergue du récit: « Peut-on dédier un livre à un chien ? demanda-t-elle. Non, lui dit-on. Alors ce livre n’est pour personne ».

Editions Gallimard, 2009

 

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