John Fante : Mon chien Stupide

Dans ce court roman aux accents d’autobiographie, un chien étonnant fait irruption dans une famille de la côte Ouest des Etats-Unis et déclenche une série de réactions cocasses, comiques ou tragiques.

Tout comme l’auteur lui-même, le personnage principal de ce drôle de roman est un romancier quinquagénaire, d’origine italienne, installé à Point Dume, au nord de Santa Monica. Henry J. Molise est marié à Harriet, dont il n’est plus tout à fait sûr d’être amoureux, à l’heure où leurs quatre enfants – trois garçons et une fille – sont en âge de voler de leurs propres ailes. Bref, notre héros se pose beaucoup de questions, d’autant plus que l’inspiration romanesque lui fait également défaut ces derniers temps. C’est alors que surgit de nulle part un énorme chien, au comportement étonnant.

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La scène introductive est hilarante :

« J’ai avancé sur la pointe des pieds, effrayé, en essayant d’accommoder sur la chose brouillée par la pluie. Une image s’est peu à peu formée. C’était un mouton qui gisait là.(…) Brusquement le vent a tourné, modifiant la direction de la pluie et métamorphosant l’animal. J’ai retenu mon souffle. Ce n’était pas un mouton. Ça avait même une crinière. 
- C’est un lion, j’ai dit en reculant
Mais Harriet avait une excellente vue.
- Certainement pas. (…) C’est juste un chien. »

En recueillant finalement l’animal – un akita – ils décident de l’appeler Stupide. Le ton est donné, car le chien va servir de catalyseur : source de discorde entre les membres de la famille, avec le voisinage, et pour le narrateur avec sa propre conscience à la limite de la mauvaise foi. On retrouve également une mise en scène tragi-comique de ce que le choix de la race d’un chien ou de son nom peut dire de son propriétaire.

Tout au long de ce récit drôle et provocateur, John Fante (1909-1983) s’amuse à distiller des détails romanesques qui renvoient indéniablement à sa propre vie. Tout comme son personnage, le romancier a aussi arrondi ses fins de mois en écrivant des scenarios pour l’industrie du cinéma hollywoodien, faisant naître chez lui une vision désabusée de la société américaine dont il rejette les conventions sociales. Certains critiques littéraires considèrent d’ailleurs John Fante comme un précurseur de la Beat Generation des années 50, incarnée par Jack Kerouac et Allen Ginsberg.

Mon chien Stupide, traduit par Brice Matthieussent en 1987 chez Christian Bourgois, existe aux éditions 10/18 (n°2023).

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