Virginia Woolf : Flush, une biographie

Saviez-vous que le livre le plus vendu de l’auteure britannique moderniste avait pour sujet…un chien ? Découvrez trois bonnes raisons de vous plonger dans ce court roman paru pour la première fois en 1932.

Un témoignage épatant de la société victorienne

Juste après avoir publié son célèbre roman Les vagues, Virginia Woolf décide de se divertir en écrivant la biographie de Flush, le cocker de la poétesse Elizabeth Barrett Browning.

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En plaçant le chien au centre de ce court roman et en narrant l’action à travers son regard, elle obtient un outil pour parler de l’intimité de ses personnages. Grâce à Flush, le lecteur a un accès direct à l’histoire d’amour entre Elizabeth Barrett et Robert Browning, qui avait alors défrayé la chronique, et retrouve les thèmes chers à Woolf : Elizabeth est une femme écrivain, plus ou moins cloîtrée dans sa chambre car de faible constitution, qui vit sous l’emprise de son père autoritaire. Sa relation avec Browning est d’abord épistolaire : il lui écrit son admiration devant les poèmes qu’elle a publiés. L’intensité de leurs échanges se termine par un enlèvement, un mariage et une fuite en Italie (1846) où le couple voyage et publie pendant près de quinze ans.

La relation au départ exclusive de Flush avec sa maîtresse se transforme donc peu à peu mais reste très proche. Cette biographie est aussi l’occasion de découvrir que les chiens des familles bourgeoises de l’époque victorienne étaient parfois utilisés comme des monnaies d’échange : enlevé contre rançon, le chien était une source de revenus importants pour certains groupes organisés de bandits.

Virginia Woolf aime les chiens

Les descriptions de l’auteur laissent transparaître une grande tendresse pour le monde des canidés et la complicité qui les lie aux humains.

« Flush faisait partie de cet ordre d’objets qui ne souffrent avec l’argent aucun contact. A y mieux songer, n’était-il pas d’une espèce plus rare encore ? – l’un de ces objets, qui symbolisant le spirituel, l’au-delà de toute valeur marchande, sont naturellement choisis comme témoignages d’une amitié désintéressée ? ».

L’absence de langage commun au chien et à l’humain est une source de réflexions dans ce livre, surtout lorsque l’humain en question est une poétesse amoureuse des mots. Pourtant, Virginia Woolf montre que ce n’est pas la seule façon de communiquer et que certaines émotions n’ont pas besoin d’être verbalisées pour être exprimées.

Virginia Woolf a le sens de l’humour

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Même si Woolf fait preuve d’une grande tendresse vis-à-vis de son personnage principal, elle se moque aussi parfois gentiment de lui et de ses tendances aristocratiques.

Une fois arrivés en Italie, le couple Barrett-Browning explore le pays et Flush les accompagne. La découverte de l’inconnu est l’occasion de répliques ne manquant pas d’humour :

« Flush, cependant, fut bientôt averti des différences plus profondes qui séparent Pise – car ils étaient fixés à Pise – de Londres. Les chiens surtout étaient différents. On ne pouvait aller jusqu’à la boîte aux lettres, à Londres, sans rencontrer quelque loulou, bouledogue, molosse, chien courant, griffon, terre-neuve, saint-bernard, fox-terrier ou le descendant d’une des sept branches fameuses de la race épagneule. A chacun d’eux, Flush donnait un nom et un rang distincts. Ici, à Pise, quoique les chiens fussent en abondance, cette hiérarchie avait disparu : tous les chiens – était-ce possible ? – oui, tous les chiens étaient bâtards. »

Virginia Woolf, Flush : une biographie est disponible chez Le Bruit du temps
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