La patte agile : pour l’amour de la randonnée avec son chien

Parce que se promener avec son chien en liberté est un plaisir dont tout maître doit pouvoir bénéficier, rencontre avec Marie Larroumet, présidente de l’association La Patte Agile, qui rassemble des randonneurs, maîtres de chiens-guides d’aveugles.

Quel est le point de départ de cette association ?

Sa création date de 1996, soit il y a plus de 20 ans, à l’initiative de maîtres de chiens-guides d’aveugles qui voulaient pouvoir randonner et détendre leurs chiens en groupe. Depuis cette date, nous organisons toute l’année et tous les 15 jours, été compris, une randonnée de 16 à 20 km en Ile-De-France.

La sortie, de 4 à 5 heures, se déroule le dimanche. La durée de ces randonnées a été déterminée afin de permettre à nos chiens de se défouler, de se détendre mais pas de se fatiguer démesurément. Il faut se souvenir qu’un chien-guide, dès le lundi, ne va pas se reposer comme un chien de compagnie, mais va redevenir un chien de travail très sollicité. Et ce sont précisément ces moments de détente, ces moments où il a une vraie vie de chien qui viennent équilibrer sa vie de chien de travail.

Comment votre association est –elle structurée ?

C’est une association Loi 1901 à but non lucratif, affiliée à la Fédération Française de Randonnée Pédestre. Comme d’autres associations de ce type, nous avons des adhérents – une quarantaine – qui élisent un conseil d’administration, qui lui-même élit un bureau et un président. Notre particularité est cependant que notre conseil d’administration, composé de 9 membres, et son président, sont toujours des maîtres de chiens-guides. Nous partons en effet du principe que les besoins des chiens de compagnie et des chiens-guides sont les mêmes mais qu’en revanche, nous les non-voyants, nous sommes plus à même de gérer les besoins de nos propres chiens qui sont avant tout des chiens de travail (en fonction de leur âge, de leur race et de leur état de santé général). Nos adhérents peuvent être des voyants et des non-voyants, mais tout non-voyant doit être maître d’un chien. En effet, en cas de souci lors d’une sortie, un non-voyant qui rattache son chien redevient autonome immédiatement ce qui ne serait pas le cas d’un non-voyant à la canne. Les adhérents voyants peuvent, en revanche, venir avec leur chien de compagnie. Nous avons actuellement une douzaine de chiens-guides et 6 ou 7 chiens de compagnie qui viennent régulièrement en randonnée. Les seules restrictions sont que les chiens aient un bon rappel et ne soient pas agressifs.

Comment se passe une randonnée ?

Nous partons du cœur de Paris et nous utilisons toujours les transports en commun. Tous les randonneurs, en général entre 4 et 12, prennent le train ensemble à l’aller comme au retour. Les chiens sont heureux et se reconnaissent dès le quai du métro. Une fois sur le lieu de randonnée, qui peut-être en champ, en forêt, ou près d’un point d’eau, les chiens sont lâchés et on ne les remet en laisse que lorsque nous traversons une route ou un village et lorsque nous pique-niquons. Pour se déplacer, les randonneurs non-voyants sont guidés par les voyants : on se tient par le bras, on s’accroche au sac à dos du randonneur devant nous, ou on marche seul sur des chemins bien larges. Toutes les options sont possibles. Mais attention, les voyants ne sont pas des bénévoles, chacun est adhérent, a payé sa cotisation et est libre de venir ou pas aux randonnées dont le calendrier est connu à l’avance. Nous parvenons toujours à nous organiser en fonction des participants grâce à une ouverture et une attention équivalente portée à chacun des membres de l’association, en fonction de ses envies et de ses besoins. La plupart des chiens-guides portent un gilet avec la mention « chien-guide en détente ». Cela permet de les identifier et nous permet de les récupérer plus facilement lorsqu’ils vont dans l’eau chemin faisant. Chaque chien est également muni d’un grelot au bruit spécifique, ce qui permet au maître du chien de gérer son chien-guide, même lorsque celui-ci est en liberté. Chacun part avec son pique-nique et l’eau pour son chien.

La cohabitation de la meute se passe-t-elle toujours bien ?

Oui, parce que nous partageons tous les mêmes valeurs : la détente de nos chiens, le plaisir d’être ensemble et la responsabilité vis-à-vis de nos animaux et des autres randonneurs. Nous avons même parfois des randonneurs voyants qui profitent de la meute pour socialiser leur chien de compagnie. En tant que présidente, j’ai toujours sur moi une trousse à pharmacie pour bipèdes et quadrupèdes et une corde au cas où un chien tombe dans une crevasse ou un trou d’eau. Le seul problème, c’est que nos chiens-guides reviennent souvent extrêmement sales. Chacun a alors sa technique : brosser le chien avant de reprendre le train ou bien le sécher et planifier un toilettage en rentrant… Mais il faut s’y préparer !

La Patte Agile propose-t-elle d’autres activités ?

Oui, aux randonnées tous les quinze jours s’ajoutent : un weekend entier de randonnée en Forêt de Fontainebleau, dans un centre de vacances ; un dîner au restaurant et des sorties culturelles. L’an passé, nous sommes allés au Château de Versailles, au Musée du Quai Branly et au Père Lachaise.

Rencontrez-vous des difficultés pour organiser les visites culturelles avec votre meute de chiens-guides ?

Très rarement. Lorsque le restaurateur ou le musée ne sont pas habitués à ce type de demande, je m’y rends en général en éclaireur, je rencontre les gens, je présente mon chien et tout se passe bien ensuite. Dès que les institutions qui nous reçoivent ont bénéficié d’un minimum de sensibilisation au handicap, la relation s’établit sans souci.

Comment s’appelle votre propre chien ?

C’est Grimm, un Labrador de 7 ans et demi.

Existe-t-il d’autres initiatives similaires en France ?

Pas à ma connaissance.

Comment l’expliquez-vous ?

Nos adhérents, tous parisiens, partagent le même besoin de détente pour leur chien et le réseau des transports en commun permet facilement de sortir de la ville pour rejoindre le point de départ d’une randonnée. Ce qui n’est pas le cas dans une ville de province où il faudrait prévoir une logistique beaucoup plus lourde (location de bus ou mini-vans) en l’absence de transports en commun.

Le mot de la fin ?

Pour avoir un chien-guide ou de compagnie équilibré, il faut lui laisser de temps en temps vivre sa vie de chien : renifler partout, rencontrer d’autres chiens, se promener sans laisse, manger des choses peu recommandables, se rouler dans des substances qui le sont encore moins…

Un grand merci à Marie pour sa générosité… et une caresse à Grimm.

Envie de rejoindre ou de soutenir l'association : http://www.lapatteagile.fr/
Partagez !
 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *